Entretien avec J-L Leyraud - 1982

On ne peut pas parler de Sport Automobile sans parler des pilotes. Certains les côtoient journellement, d’autres voudraient bien les connaître mais le ne peuvent pas. C’est pour ceux-là que nous en avons rencontré deux, séparément, et que nous leur avons posé des questions, celles que vous leur auriez peut-être posées vous-même. C’est avec gentillesse et simplicité qu’ils ont bien voulu nous recevoir.

Jean-Louis LEYRAUD…

L’arbitre automobile : Depuis combien de temps faites-vous des compétitions automobiles ?
Jean-Louis Leyraud : J’ai commencé comme navigateur à 3 ou 4 reprises en 1969 et 1970 et ensuite comme pilote en Décembre 1970 pour le Safari.
L’A.A. : Quel a été votre classement cette fois là.
J-L.L. : Premier dans ma catégorie (Tourisme).
L’A.A. : Vous commenciez bien. Vous aviez tout de suite senti que vous aviez des dons pour la compétitions.
J-L.L. : Oui. Bien avant de savoir conduire je ressentais mes possibilités. A cette époque j’étonnais mes camarades lorsqu’en assistant à des exhibitions de pilotes chevronnés je ne manifestais aucun enthousiasme car je me sentais capable de faire ce qu’ils faisaient sinon mieux.
L’A.A. : Comment vous est venue votre passion de la course ?
J-L.L. : Je l’ai ressentie au plus profond de moi-même. C’est difficile à expliquer. Je crois que c’est inné. Mon père a toujours aimé la vitesse et a participé au premier rallye qui a eu lieu en 1967.
L’A.A. : Que représente le sport automobile pour vous ?
J-L.L. : C’est une passion, un passe-temps et sûrement un besoin de s’affirmer, d’aller plus loin, plus vite, de faire mieux. Dans la compétition tout m’intéresse et pas seulement la course, mais aussi l’atmosphère qui y règne et la préparation.
L’A.A. : Quelles impressions avez-vous lorsque vous tournez la clé de contact avant le départ d’une spéciale ?
J-L.L. : Lorsque j’ai commencé j’avais peur de mal faire, et c’était une erreur. Maintenant je suis très détendu, très décontracté. Je pense que je vais gagner. Il faut surtout penser à gagner, ne pas surestimer l’adversaire sans le sous-estimer. C’est au cours de la première épreuve que je juge mes adversaires en fonction de la façon dont j’ai roulé.
L’A.A. : Et lorsque la course est finie, que ressentez-vous ?
J-L.L. : Je suis très content lorsque j’ai gagné. Comme j’ai souvent perdu, je sais apprécier la victoire.
L’A.A. : Quel est votre meilleur souvenir de course ?
J-L.L. : Je crois que c’est le Mtotogard en Nouvelle-Zélande en 1975 ou j’avais fini 5è et 1er des étrangers. Il y avait 90 concurrents et ne connaissais pas le terrain. Ici, en N-C. c’est la ronde Moméa-Bogen que j’ai gagné en 1981 face à Jacques Jeandot qui avait une voiture plus puissante que la mienne et ou les autres concurrents étaient aussi capables de la remporter, car on n’est pas à l’abri d’une sortie de route.
L’A.A. : Et le plus mauvais ?
J-L.L. : Le safari 79 que j’aurai dû gagner. J’avais fais une faute. J’avais bouclé un tour complet et je rattrapais la dernière concurrente, Danny Blancher. J’étais dans sa poussière, je ne voyais rien. J’étais fatigué. J’ai fais une sortie de route. J’ai abandonné alors que j’étais en tête de Safari devant Dunkerton et Bedas. J’étais furieux car je contrôlais mais bien la course et de surcroît c’était la première fois que je courrais pour une grande marque (Datsun).
L’A.A. : Depuis 3 ans vous avez terminés, vous êtes sans pitié pour vos adversaires.
J-L.L. : Oui sans pitié.
L’A.A. : Vous ne leur laissez pas le choix.
J-L.L. : Non.
L’A.A. : Partout dans le monde on entend parler de conflits, guerre, attentats. Qu’en pensez-vous ?
J-L.L. : Je pense que c’est triste. Et plus on envance, plus il y en aura. On va vers une superpopulation de la planète. Malheureusement on n’y peut rien. Je ne sais plus qui a dit : La guerre est l’hygiène des peuples.
L’A.A. : Mais lorsqu’on aura cassé, on reconstruira, mais après la situation redeviendra à ce qu’elle est maintenant ; la guerre n’aura rien arrangé, il n’y aura pas eu de progrès.
J-L.L. : C’est la vie. C’est un éternel recommencement.
L’A.A. : Etes-vous confiant dans la capacité des hommes à régler tous ces problèmes de société ?
J-L.L. : Pas du tout. Tout le monde veut tirer la couverture à soi. Tous les hommes politiques veulent profiter de leurs situations. Nous allons malheureusement vers la catastrophe. C’est un problème très complexe, et c’est une affaire de gros sous.
L’A.A. : Allez-vous vous attaquer au championnat du monde ?
J-L.L. : Non.
L’A.A. : Cela ne vous tente pas ?
J-L.L. : Si, mais c’est beaucoup trop cher.
L’A.A. : Vous lanceriez-vous dans la conquête des circuits de formule1 ou 2 si on vous le proposerait ?
J-L.L. : Oui. En 1973 j’ai fais l’Ecole de pilotage au circuit Paul Ricard. Je ne suis arrivé qu’en finale. Il y avait tout de même 200 concurrents.
L’A.A. : Et maintenant si vous recommenciez, avec l’expérience que vous avez, peut-être arriveriez-vous en finale ?
J-L.L. : Je suis trop vieux maintenant. J’aurais du commencer à 18 ans
L’A.A. : Qui est votre navigateur habituel ?
J-L.L. : Toujours le même : Eric Johnston. Il compte beaucoup dans mes victoires. Dans un rallye, tout compte : la préparation, la voiture, l’équipage, et l’assistance. C’est l’équipe qui gagne.
L’A.A. : Merci J-L.Leyraud et bonne chance.

 
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